La production locale est-elle la seule solution pour davantage d’éthique et pour préserver l’environnement ?

par | 22 Avr 2021 | Fabrik | 0 commentaires

87% de la consommation du textile en France est fabriqué à l’étranger.

source INSEE

Ainsi, une grande partie de la production française est délocalisée et pourtant il y a un vrai engouement pour le Made in France.

La crise sanitaire nous a démontré les conséquences de notre dépendance pour la production de nombreux produits. En parallèle, de ce sujet se pose la question de l’impact d’une telle économie sur notre environnement. 

Quand on lance une marque de vêtements, la question du lieu de production est omniprésente. Mais pour répondre à cette question plusieurs critères doivent être pris en compte : l’empreinte carbone de notre production du fil à la couture, notre responsabilité sociale et la zone de chalandise.

Il pourrait être simple d’y répondre en se disant que le local est la meilleure solution. Mais on peut aussi se poser la question de notre engagement pour favoriser une économie mondiale respectueuse de l’environnement et de l’Homme.

En tant que marque, pour avoir un impact positif sur notre empreinte carbone, il est nécessaire de s’intéresser à tout le processus de fabrication du vêtement, du fil à la couture. Reprenons de manière schématique le processus de fabrication d’un tee shirt en coton par exemple. 

  • La première étape consiste à extraire la matière et dans notre exemple, le coton. Ici se posera la question de la provenance de la matière et de son processus d’extraction. Il y a notamment des procédés d’agriculture biologique et également des systèmes d’irrigation moins consommateurs en eau.
  • L’étape qui suit concerne le tissage et la teinture. On s’intéressera notamment au lieu de tissage et au processus pour teindre le tissu.
  • Et pour finir, il y a la fabrication, la conception du produit. De nouveau, le lieu de fabrication aura son importance. Il faut savoir que les 3 étapes peuvent être réalisées dans des pays totalement différents. La confection d’un tee shirt peut représenter 40 000 km.

On voit bien ici que pour fabriquer un tee shirt seul le lieu de fabrication, qui correspond à la dernière étape, ne détermine pas le bilan carbone. Certaines marques font par exemple le choix de regrouper l’ensemble de la chaîne de production autour d’un périmètre de 1 000 km pour minimiser l’empreinte carbone. Ainsi une production locale réduira l’empreinte carbone et la dépendance que nous pouvons avoir auprès des autres pays.

Mais est ce que ce schéma est l’unique réponse. Cela est moins sûr. 

D’autres critères doivent être pris en compte comme la zone de chalandise. Une marque de renommée mondiale aura du mal à déterminer ce que signifie produire local. En effet, produire en Europe pour vendre en Australie ne sera pas forcément la meilleure solution pour une production éco-responsable.  En revanche, elle pourra centraliser un maximum d’étapes dans une zone proche afin de minimiser l’impact du transport lors du processus de fabrication.

Et pour terminer, il me semble important de s’arrêter un instant sur l’intérêt d’avoir une vision globale. Nous savons à travers plusieurs phénomènes que les actions positives ou négatives de certains pays en faveur de l’environnement impactent la planète dans son entièreté : fonte de la calotte glacière, présence de micro-plastiques au pôle nord, dérèglement du cycle de l’eau, etc. C’est pourquoi une production délocalisée avec pour intérêt d’impulser de nouvelles pratiques peut faire sens. 

En travaillant dans les régions ou les fournisseurs portent peu d’intérêt aux enjeux climatiques, il est ainsi possible d’impulser de nouvelles pratiques pour être plus respectueux de l’environnement : gestion des déchets, traitements de l’eau, pratique pour la teinture, culture des matières premières etc.

D’un point de vue social nous pouvons avoir le même raisonnement. Une production délocalisée et contrôlée peut favoriser et améliorer le respect des droits du travail et des droits de l’Homme. De la même manière que pour l’environnement, il est possible de promouvoir de nouvelles pratiques pour faire évoluer les conditions de travail.

Une production locale contribue à la diminution des émissions de CO2 mais ce n’est pas  l’unique solution au réchauffement climatique et au respect des droits du travail et des droits de l’Homme.

Il nous faut avoir une vision systémique pour avoir un impact large sur le réchauffement climatique et le respect des droits de l’homme. C’est l’ensemble du maillage de toutes les marques, aux productions locales et décentralisées, aux zones de chalandises différentes qui pourront impacter le secteur de l’habillement en faveur de l’environnement.

Mikaël

Mika est le fondateur de Ræise. Il a travaillé pendant 10 ans dans le conseil et aujourd’hui c’est une toute autre mission qu’il se donne et une belle aventure qui commence !

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